Le secret de Thyrcée d’Aline Desarzens

En 602 av J-C, sur une île grecque, vit Thyrcée, qui, en fuyant le mariage, trouve refuge dans le cercle de Sappho, poétesse de renom. Leur héritage prend la forme de rumeurs sur la nature de leur relation, et d’un mystérieux poème commençant par : “Moi Thyrcée, j’aime Sappho…”

Ce mince témoignage de leur romance va bouleverser la vie de plusieurs personnages dispersés dans l’Histoire : deux hommes d’Église du 14e siècle, un amoureux transi du 18ème et enfin deux chercheurs du 21e siècle : Paola Tezzi et Arnaud Solis. Le secret de Thyrcée est une enquête, si vous souhaitez en découvrir les coulisses, arrêtez-vous là et allez le lire. Si vous voulez entendre mon avis, voici les mots que je vous délivre.

L’écriture et la fluidité du livre ont rendu ma lecture agréable. Mais ça n’a pas suffi pour me convaincre.

Dans le présent nous suivons Paola, jeune chercheuse en littérature antique. Mise en concurrence avec son amant Arnaud pour obtenir un poste de professeure, elle accepte de poursuivre leur relation sans que la compétition ne les sépare. Mais lorsque son mentor la pousse à partir sur les traces de Thyrcée et que les dernières paroles de sa grand-mère achèvent de la convaincre, c’est dans le silence qu’elle quitte le continent.

La relation entre Paola et Arnaud m’a laissé perplexe. D’un côté, j’ai trouvé novateur que l’autrice propose un autre lien pour unir les protagonistes que le schéma habituel du couple. De l’autre, son exécution m’a semblé floue. Les non-dits et la mise à distance de l’une face à la maladresse voir l’intrusion de l’autre ont fini par fabriquer un tandem déséquilibré.

Au fil de son enquête Paola croise des femmes indépendantes : Thyrcée qui refuse de se contenter de l’amour de Sappho et s’envole pour jouir de sa liberté, Mathilde dont les brillantes connaissances brisent les codes de ce qu’on attend d’une femme au Moyen âge. Il y a aussi sa grand-mère, qui par son existence de carriériste lui a insufflé que son épanouissement n’a pas de prix et qu’aucun homme ne devrait la détourner de son chemin.

Rester honnête, Paola, rester honnête et tout ira pour le mieux. Mais était-elle prête à en parler ? N’avait-elle pas le droit de garder cette petite aventure pour elle ? Elle se demanda comment Livia aurait agi à sa place. La grande Livia, la Livia sans peur. Elle qui avait passé sa vie à se tailler sa place bec et ongles parmi les plus grands, à lutter contre le patriarcat, les jugements hâtifs, à défier un monde de l’opéra féroce de tout, loin de ses enfants qui, embrigadés dans une campagne de dédain par leur père blessé, ne lui avaient plus adressé ne serait-ce qu’un mot après leur adolescence. Acculée, esseulée, elle avait pourtant gardé le cap de sa destinée. Les hommes, il faut les embrasser Paola, pas les écouter.

Entourée de telles femmes, j’imaginais une Paola qui affronterait ceux qui lui barreraient la route, une Paola qui aurait réponse à tout et qui vaincrait. Je crois que je voulais une héroïne féministe et dans ma tête l’échec n’était pas permis.

Sauf que je me suis heurtée aux décisions incompréhensibles de Paola, à son manque d’affirmation face à Arnaud et à son dilemme amoureux qui pour moi n’avait plus de sens. C’est alors que je me suis demandée si ce roman n’était pas, en fait, le récit d’une femme qui apprend.

Il y a deux dénouements : celui qui s’inscrit dans le présent et qui semble être une leçon : toutes les entreprises qu’on mène ne sont pas forcément un succès. Et celui qui laisse entendre qu’en apprenant de nos expériences, on rebondit. Personne n’est parfait : alors est-ce juste d’attendre que des personnages le soit ? Je n’ai pas trouvé l’héroïne que j’attendais, mais une héroïne qui se trompe, c’est peut-être ce qui m’a le plus fait réfléchir.