Justine Sow est journaliste à la télévision belge, diplômée de l’école Saint-Luc à Bruxelles, en bande dessinée. Wax Paradoxe est son premier album publié en tant que scénariste et dessinatrice. C’est à l’occasion d’un voyage en Guinée Conakry, il y a 25 ans, que Justine Sow reçoit de sa grand-mère paternelle un pagne à draper autour de sa taille. A l’instar de son personnage, l’autrice se rend compte qu’elle ignore tout ou presque de ce tissu pourtant emblématique du continent. Piquée par la curiosité, elle entame alors un travail de recherche pour réaliser cette BD.

Cette BD est réalisée en partenariat avec le Muséum National d’Histoire Naturelle et son site du Musée de l’Homme, à l’occasion de l’exposition WAX qui s’y est tenue du 5 février au 7 septembre 2025. Cette exposition s’inscrit dans la saison « Migrations » du Musée de l’Homme. Elle présentait l’histoire et l’actualité artistique du wax, entre héritage et réappropriation. Les visiteur.se.s ont pu y retrouver des planches de la BD.
Une BD qui retrace tout un cheminement
L’autrice Justine Sow et son personnage Sophia, vraisemblablement son alter ego, prennent leur point de départ d’une page vierge en matière de wax. Elle va donc se livrer à une véritable enquête sur l’histoire, l’origine, le parcours, la fabrication, l’usage et le symbolisme de ce tissu. Le wax devient véritablement tantôt accompagnateur tantôt élément catalyseur du passage d’un moment de vie à un autre.

Le choix de ce graphisme par le père de Sophia n’est pas anodin puisqu’il est à l’image de l’étape existentielle que traverse sa fille : elle vient d’obtenir son diplôme en design textile, elle a eu des révélations sur le couple de ses parents et elle est dans un rapport très affectueux avec ses cheveux frisés. Autrement dit, elle passe de l’étudiante à la future femme active du point de vue professionnel ; elle passe de l’enfant à la femme adulte du point de vue familial ; et elle passe de celle que l’on veut protéger à celle qui a toutes les cartes en mains du point de vue émotionnel. Loin d’être un simple ustensile de mode, le wax marque bien le rythme de vie du personnage, et de ce fait le personnalise.
Une recherche historique en parallèle avec une recherche individuelle
Le thème de la recherche sur les possibles que propose le wax se révèle être le prétexte d’une recherche bien plus profonde et bien plus ancrée dans une réalité individuelle. Wax Paradoxe repose sur une double mise en abime : c’est une BD créée par Justine Sow, visiblement issue d’un métissage Blanc.he-Noir.e, qui met en scène une jeune femme Sophia, qui présente le même métissage ; cette dernière crée un journal de bord de ses recherches sur le wax qui devient bien vite le support du parcours identitaire du personnage.

La présence de la double page nous montre bien le traitement simultané de la facette personnelle avec d’un côté le jugement familial du wax et son positionnement personnel qui va y adhérer ou pas, d’un autre côté le suivi des rencontres et des témoignages de professionnel.le.s et de passionné.e.s dans le cadre de ses recherches universitaires. Le tissu devient une manifestation extérieure et visible d’une recherche identitaire.
Le wax : un savoir-faire et un savoir-être
Le travail de recherche sur le wax invite Sophia, et de ce fait Jusine Sow, à multiplier les témoignages, les rencontres et les lieux. Ces derniers notamment sont de vraies découvertes à la fois pour le personnage et pour le lectorat.

A l’instar de son autrice, au cours de son enquête, le personnage de Sophia a l’opportunité de visiter les usines de Vlisco, la grande entreprise néerlandaise productrice de wax, et de percer ses secrets de fabrication. Les personnages secondaires qui accompagnent cette visite dans la BD montrent une vraie fierté à la fabrication de ce tissu et expliquent pas à pas le parcours de fabrication du vrai wax.
Le wax : hommage aux femmes
Enfin, les femmes sont réhabilitées dans leur rôle prépondérant dans la promotion, la diffusion et la transmission du wax. Loin d’être uniquement celles qui le portent, et de fait réduites à de simples objets qui serait le dernier maillon d’une chaine de propagation dont seuls les hommes auraient la maitrise, le monopole et le secret, elles sont actives voire ce sont elles qui orientent le destin de ce tissu.

Dans le récit de témoignage d’une des rencontres de son personnage, Justine Sow rend compte de la part structurante et édifiante des Togolaises dans la popularisation du Wax en Afrique de l’Ouest. Par leur choix et leur style de vie indépendants elles sont parvenues à instaurer une mode qui jusqu’à nos jours reste très active.
Ainsi, lire Wax Paradoxe c’est suivre un parcours qui allie itinéraire intime et visée documentaire. C’est aussi prolonger ou compenser l’exposition WAX. C’est également se rappeler que la construction d’une diaspora ne se limite pas à son pays ou son continent d’origine : le wax est dorénavant international !

Passionnée de lecture depuis petite, Magaly Jouhateau-Mauriello voit en la littérature la meilleure façon de découvrir l’âme humaine, avec ce qu’elle a de beau mais aussi de plus obscur. Ce domaine, selon elle, est le meilleur moyen de redonner une voix à celles et ceux que l’on a voulu depuis trop longtemps considérer comme muet.te.s.