Dans la jungle est le récit méthodique et haletant, étalé sur plusieurs années, d’une histoire de violences conjugales et de contrôle coercitif qui se termine par un féminicide, un double infanticide et un suicide. Je ne spoile rien, on l’apprend dès les premières pages du livre. L’autrice y installe une tension immédiate dans une première scène chez le notaire vraiment réussie.
Car la force du roman d’Adeline Dieudonné réside dans ce retour en arrière. Ce choix narratif est particulièrement avisé. La tragédie étant annoncée et inévitable, chaque scène se lit avec cette donnée implacable, chaque détail devient un indice et l’angoisse monte à mesure que le quotidien devient piège. On remonte le temps à travers quelques scènes clés de la vie amoureuse ou familiale : la rencontre entre Arnaud et Aurélie, la naissance de leur relation, leur mariage, leur installation dans un confort bourgeois, apparemment enviable, les vacances et l’arrivée des enfants. Anecdote après anecdote, on décortique, presque l’air de rien, comment cette violence se met en place dans le couple, les mécanismes d’emprise qui mèneront au meurtre et les ressorts apparemment anodins de la violence psychologique (comme dans l’extrait choisi où Arnaud met une pression effroyable à sa femme, que les pompiers souligneront discrètement d’ailleurs à la fin du chapitre).
Un livre que j’ai terminé bouleversée et en rage.
J’avais découvert Adeline Dieudonné dans le recueil Être mère, où son texte m’avait beaucoup touchée. Elle y évoquait notamment les peurs auxquelles elle faisait face pour ses filles, son envie de les protéger sans les étouffer et d’une certaine façon, ses craintes ont résonné avec les miennes et ce que j’ai écrit dans De mères en filles, 10 récits de transmission à l’ère de MeToo.
Mais dévorer ce roman, découvrir sa fiction, m’a surtout donné envie d’enchaîner avec son premier livre, La Vraie Vie que je n’ai pas pu lâcher non plus. Son écriture est tranchante, glaçante, troublante. Et je ne suis pas prête d’oublier ces histoires et leurs personnages.
Entre nos lignes, la capsule sonore et littéraire de notre rubrique Missives en écoute se transforme en podcast, disponible sur la plupart des plateformes d’écoute et sur Acast.
Entre nos lignes, c’est une dose de pensées inspirantes et engagées, proposées selon l’humeur ou l’actualité, quelques lignes d’un auteur ou d’une autrice lues par la comédienne Marie-Émilie Michel.
Une lecture sans commentaire où seuls comptent les mots.
Entre nos lignes donne à entendre des extraits de romans mais aussi de la poésie, des essais, de la nouveauté comme du classique mais des livres toujours osés et féministes, au sens large !

Comédienne, co-directrice artistique du collectif Lilalune etc, Marie-Emilie s’intéresse particulièrement à la question des femmes dans son travail scénique. Peut-être parce qu’elle a étudié le journalisme et qu’elle voit tout texte comme une matière vivante, elle a également initié des « lectures citoyennes » : reflets de questionnements liés à un thème d’actualité, assemblage de regards et de textes, menées à trois voix. La dernière en date s’appelait « Féministe, ta mère »! C’est donc tout naturellement que sa passion des mots et son engagement féministe l’ont menée à partager ses lectures sur Missives.