Nassira El Moaddem ne chôme pas. Après avoir publié l’année dernière Et si on rentrait eu bled en train ? France-Maroc-France, elle publie le fruit d’un travail de longues années sur la vie politique au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis. L’enquête est accablante pour le maire LR (Les Républicains) Thierry Meignen : harcèlement moral menant au suicide d’un fonctionnaire de mairie, communautarisme, détournement de l’argent public au profit d’associations « amies », clientélisme… la liste est longue. Et incomplète.

Dans cet ouvrage Nassira El Moaddem nous donne le résultat d’une enquête précise, longue, difficile et parfois même dangereuse (on lui a volé son ordinateur à la sortie de l’école de ses enfants). À deux jours des élections municipales, elle nous montre que le journalisme peut être au service de la démocratie, notamment de la démocratie locale. Les habitants du Blanc-Mesnil ne sont pas informés de ce qui se passe dans leur hôtel de ville, les médias nationaux et même locaux comme Le Parisien sont trop éloignés des enjeux (et il faudrait sûrement faire le même travail dans bien des communes). Résultat, ils et elles votent sans connaissance de cause. En économie, un marché parfait c’est un marché où tous les agents bénéficient des mêmes informations. En politique, on pourrait aussi considérer que la démocratie est vivante quand les électeurs et les électrices sont informées des manigances de leur personnel politique. Et pour cela, rien de plus efficace qu’une presse libre, libre de la pression politique, et libre des grands groupes médiatiques financés avec l’argent de grands industriels aux desseins politiques très assumés à l’extrême-droite.
Car le fond du texte de Nassira El Moaddem, c’est d’expliquer comment l’extrême-droite a pris la ville de manière officieuse : comment la mairie du Blanc-Mesnil a donné 20 000€ à une association dirigée par Sarah Knafo et comment il est impossible de savoir où est passé cet argent. Comment Vijay Monany, directeur de cabinet du maire, puis conseiller départemental est presque au même moment devenu le porte-parole d’Eric Zemmour et de son parti Reconquête. L’extrême droite elle-même le dit : pas besoin de gagner les élections au Blanc-Mesnil : son programme est déjà appliqué ! Obstacle aux associations, tentative d’embourgeoisement de la ville par des opérations immobilières pour organiser l’éviction des populations les plus pauvres…
La lutte contre l’extrême droite devrait être le nord de notre boussole politique, particulièrement au moment où on organiser une minute de silence à la mort d’un facho. L’extrême droite déteste la liberté de la presse, partout, tout le temps. Soutenir le journalisme d’investigation tel que l’a mené Nassira El Moaddem, qui permet de comprendre la réalité de la politique locale, permet de combattre les fachos. Aujourd’hui, particulièrement, ce combat est une nécessité. Avec comme en 1936 et le Front populaire, l’union de la gauche. Cette gauche qui part désunie au Blanc-Mesnil.
« Ici, comme partout en France, la division est le pire des orgueils, celui qui oublie l’objectif principal : l’intérêt général. Surtout quand on connaît l’ampleur de la fatigue démocratique locale. », conclut l’autrice. À la veille des élections municipales, il faut réveiller l’union de la gauche pour réveiller la démocratie locale.

Féministe radicale à la recherche d’un moyen pas trop fatigant pour changer le monde.