Enfants sous silence, de Emma Étienne

Un livre comme bien de première nécessité.

Enfants sous silence d’Emma Étienne est un livre clair, accessible, nécessaire pour comprendre ce que sont les violences intrafamiliales et ce qu’elles produisent. Un livre qui dit juste, qui dit vrai, qui ne maquille pas, qui dit ce qui est. Un livre qui existe parce que les violences existent et parle une langue que tout le monde peut entendre.

Je suis touchée que ce livre ait été écrit par une ancienne jeune de l’Aide sociale à l’Enfance. Ce n’est pas un détail, c’est une parole qui vient du dedans, de l’expérience, de ce que l’on ne voit jamais quand on reste du côté institutionnel. Ce livre devrait être distribué gratuitement à tous les enseignants, à tous les professionnels, à tous ceux qui croisent des enfants comme un outil de survie.

J’ajoute sans lissage que :

la formation des professionnels de la protection de l’enfance est insuffisante.

On ne voit pas l’épuisement des équipes, on fait comme si les travailleurs sociaux, juges etc…pouvaient absorber l’horreur sans limite. Comme si tenir était un devoir moral pour les enfants, les collègues, soi. Les professionnels de l’enfance sont en tension et dissonances permanentes entre ce qui devrait et ce qui est. Ce qui devrait et ce qui peut. Pourtant, tant qu’il y a quelqu’un pour assurer les permanences, le système continue comme si rien.

Mes quinze ans de protection de l’enfance m’ont lessivée. Pas juste fatiguée mais entamée jusqu’à l’os, jusqu’à l’œil. Mon cancer m’a forcée à admettre que je ne pouvais plus me sacrifier pour un système qui protège les principes avant les enfants, qui met encore le droit du parent au-dessus de la sécurité du mineur, le financier avant le bien-être, ce faisant sacrifiant des vies. Ce choix politique-là, parce que c’en est un, détruit réellement des vies et fait perdurer une société bancale et violente.

Et je vais aller au bout :

On ne devient pas éduc par hasard.

Je suis une ancienne victime de pédocriminalité et d’inceste. Mon besoin de protéger vient de là. Il est viscéral. Il me donne de la force et me dévore notamment quand je vois qu’on continue de ne pas écouter les enfants, de ne pas les croire assez, de ne pas agir assez vite. Quand la société préfère sauver la face d’un adulte, d’un puissant, d’un parent, que sauver un enfant. C’est insupportable.

Le livre d’Emma Étienne est un choc nécessaire pour tous y compris celleux qui de loin ne voient pas n’imaginent pas, estiment que chez les autres seulement.

Il regarde droit en face et montre ce que beaucoup refusent de voir même lorsque c’est palpable, si seulement on écoutait, on observait et s’arrêtait pour enfin entendre.

J’ai hâte (et j’espère) qu’il sorte en poche, pour l’offrir, pour qu’il circule. Pour que les enseignants et autres professionnels d’enfance aient cet outil en main. Parce qu’un livre comme celui-là peut changer quelque chose, même un peu. Et dans la protection de l’enfance, même un peu, c’est déjà énorme.