Collection Orage, aux éditions Biscoto.
L’été avec Olivia est l’album de toutes les premières fois. Premier roman graphique pour Melhia Martin, diplômée de L’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême en 2025, il inaugure également la toute nouvelle collection intitulée Orage des éditions Biscoto. Maison d’édition associative, indépendante, célèbre pour son journal pour enfants qui défend une presse audacieuse, libre, féministe et antiraciste, elle publie également des ouvrages pour la jeunesse. La collection Orage s’ouvre donc avec deux bandes dessinées*, au format souple, qui mettent en scène des personnages offrant de nouveaux modèles, pluriels et fluides et célébrant cette période tumultueuse et fondatrice de la (pré)adolescence.

L’été avec Olivia est aussi le récit des premiers sentiments. En vacances chez sa grand-mère, entre ennui et torpeur, Anna, dix ans et demi, rencontre Olivia, onze ans, qui passe le mois d’août chez sa tante, quelques maisons plus haut. Nager en apnée au fond de la piscine, grimper aux arbres, se faire des confidences lors d’une soirée pyjama … les fillettes passent leurs journées ensemble et leur amitié est immédiate. A travers un dessin au crayon, délicat, subtil, poétique, Melhia Martin raconte tout ce qui ne se dit pas. Parce qu’Anna n’a pas les mots, ne sait pas nommer ce qui la traverse, n’est pas certaine de ce qui arrive. Pourtant, grâce à un trait précis et aux nuances de noir, de blanc et de gris, le lecteur ressent tout de ce flou émotionnel : le malaise, la joie, l’insouciance, le manque, l’émoi…
Les pages s’organisent sans hiérarchie : un détail prend parfois tout l’espace, une case surgit au cœur d’un décor grand format, cinq vignettes découpent la séquence suivante, puis la scène d’après occupe une double page. Ces changements d’échelle et de rythme donnent au livre une aura cinématographique. Les cadrages, sur un fruit trop mûr ou des mains qui se frôlent ; les silences et les dialogues d’une série télé hors-champ ; la chaleur et le temps qui s’étire ou qui file trop vite : tout semble sonore, coloré, vivant.

Les plantes, les fruits, le vivant, occupent une place essentielle dans cette histoire où les ressentis s’expriment à travers la fugacité d’une coccinelle, la sensualité d’une pétale ou la douleur d’une piqûre d’ortie. Avec pudeur mais honnêteté, Melhia Martin ose, pose et autorise ce qui reste encore si souvent caché, intériorisé, refoulé. L’été avec Olivia est un récit presque banal, parce que sous la légèreté de l’intitulé, c’est bien l’histoire d’une première secousse, un bouleversement en cours, la naissance de l’adolescence, sans tabous, à laquelle les jeunes lectrices et lecteurs pourront s’identifier pour plus tard, apprendre à se connaître et à s’accepter.
* L’été avec Olivia, de Melhia Martin et Baiser, crimes et alibis, de Louise Aleksiejew sont les deux premiers titres de la collection Orage, éditions Biscoto.

Passionnée de littérature jeunesse depuis toujours, Lucie Charrier a collaboré avec plusieurs médias gratuits, sur Nantes et sa région, pour partager son goût des récits porteurs d’imaginaire, de poésie, d’engagement et de liberté. Les livres sont pour elle des œuvres d’art à part entière. Attachée aux enjeux de solidarité, de sororité et d’égalité, elle savoure les ouvrages qui, dès le berceau, valorisent toutes formes de luttes féministes et émancipatrices. Quand elle ne lit pas, elle passe son temps à sillonner les écoles, les hôpitaux, les médiathèques pour parler d’art contemporain, puisqu’elle est responsable du service des publics du Frac des Pays de la Loire. Elle soutient également des collectifs de comédiennes engagées qui luttent sans relâche et avec joie contre le patriarcat.