Monstrueuse de Taous Merakchi

L’horreur est-elle la meilleure forme de développement personnel ?

Dans son essai Monstrueuse, Taous Merakchi, passionnée de films d’horreur nous raconte son cheminement dans cet univers effrayant, morbide et gore. Bon nombre d’entre nous ont déjà succombé à ces films, les seuls à être capables de nous faire enchaîner sur des vidéos drôles pour chasser des images glaçantes de nos têtes ou à nous faire allumer une lumière pour nous endormir. Mais les films d’horreur peuvent-ils vraiment être réduits à une recherche de sensations fortes ? À des images sanglantes ou à des jump scare ? Amateurs de frisson, si vous souhaitez découvrir les coulisses du genre, voici les mots que je vous délivre.

S’il y a bien un message que j’ai retenu, c’est que les films d’horreur sont bien plus le miroir de notre réalité que ce qu’on pense. Naître différent de la norme, grandir dans une famille dysfonctionnelle, l’adolescence, la sexualité et la maternité sont autant de spectres à travers lesquels l’autrice mêle des références du cinéma d’horreur et des analyses sociétales nourries par sa propre expérience.

L’horreur est tout ce que ne peut pas incarner un humain sans être jugé : elle est bruyante, bizarre, crue, féroce, frontale, impudique. Être une femme dans une société où les injonctions sont contradictoires te dépossède de ton corps et de ta liberté. Chaque règle, chaque tabou culpabilise, enferme, étouffe, ronge. L’autrice partage alors l’élément clé que l’horreur offre : l’émancipation. Voire, le renversement du système de domination patriarcale.

Si je devais trouver un point commun à toutes ces femmes, en dehors de leur marginalité, je crois que j’en reviendrais encore une fois à leur appétit. Qu’il soit littéral ou figuré, il est toujours là dans leur construction. Elles ont faim. Faim de pouvoir, d’indépendance, d’amour, de sexe, de reconnaissance, et une femme qui a faim, c’est inacceptable. Si elles avaient pu trouver l’acceptation qui leur manquait, peut-être que les choses auraient été différentes, mais il est compliqué pour les monstres de trouver l’amour, surtout lorsqu’ils ne cachent pas leur vraie nature.

Taous écrit qu’elle souhaite faire peur aux hommes au même titre qu’ils l’effraient. Et une part de moi, celle qui se compare à Méduse dont le regard assassin la protège, la comprend. Dans les films d’horreur comme dans les thrillers, les victimes sont souvent genrées au féminin. La peur me tient compagnie quotidiennement, je me sens vulnérable. Alors si elle pouvait changer de camp, ça m’arrangerait. Par ailleurs, comme le montre l’autrice, l’horreur c’est un monde sans maquillage, où la trivialité et les failles sont remises au goût du jour. De voir des humains imparfaits me rassure, dissipant cette chasse à la perfection et au contrôle.

L’autrice semble avoir trouvé en la figure du monstre, du “freak”, une communauté de gens rejetés parce qu’ils sortent de la norme. Être monstrueuse c’est embrasser pleinement le fait d’être différent, trop ou pas assez.

En lisant ce livre, j’ai quelquefois été circonspecte face aux confidences de l’autrice. J’ai été confrontée au “bizarre” et  à un inconfort que j’ai interrogé avant de me rendre compte que je m’étais davantage reconnue que ce que j’imaginais au départ. Je n’ai pas développé une soif de sang. Par contre, je comprends comment les films d’horreurs peuvent servir de catharsis face à une réalité plus dangereuse que des effets spéciaux. Bien qu’il y ait des stéréotypes notables dans certains films, j’aime quand ils se mettent à dénoncer ce qui me sert de cage en tant que femme ou l’amoralité de ceux qui portent des masques en prétendant ne pas être le véritable monstre. Alors, l’horreur est-elle la meilleure forme de développement personnel ? Pas la meilleure, mais l’une des rares à ne pas nous demander d’être lisse.

Contributrice Amandine GILLET-LEGRAND.

J’aime lire et j’aime donner mon avis. Le mélange des deux a donné naissance à la chroniqueuse ascendant Grinch que vous venez de lire, (@delivrerdesmots_ sur insta si vous voulez en découvrir +).