{"id":4808,"date":"2022-12-27T12:22:41","date_gmt":"2022-12-27T11:22:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lesmissives.fr\/?p=4808"},"modified":"2022-12-27T12:22:42","modified_gmt":"2022-12-27T11:22:42","slug":"une-place-explorer-la-presence-des-femmes-dans-lhistoire-de-lart-entretien-avec-eva-kirilof-et-mathilde-lemiesle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.lesmissives.fr\/index.php\/2022\/12\/27\/une-place-explorer-la-presence-des-femmes-dans-lhistoire-de-lart-entretien-avec-eva-kirilof-et-mathilde-lemiesle\/","title":{"rendered":"Une place : Explorer la pr\u00e9sence des femmes dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, entretien avec Eva Kirilof et Mathilde Lemiesle"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? \u00bb D\u00e9j\u00e0 en 1971, l&rsquo;historienne de l&rsquo;art Linda Nochlin s&rsquo;interrogeait dans son essai \u00e9ponyme sur la place accord\u00e9e aux femmes dans le monde de l&rsquo;art. En 1989, le collectif <em><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/guerrillagirls\/\">Guerrilla Girls<\/a><\/em> s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e de ce questionnement, et demande, sur une affiche, \u00ab Est-ce que les femmes doivent \u00eatre nues pour entrer au <em>Metropolitan Museum<\/em> ? \u00bb Une question simple, directe et choc, qui d\u00e9nonce le traitement des femmes dans ce milieu. Car Eva Kirilof le d\u00e9montre avec habilit\u00e9 dans ce premier essai graphique brillant mis en images par l&rsquo;illustratrice et autrice de bande dessin\u00e9e Mathilde Lemiesle : les femmes artistes ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es de nos r\u00e9cits collectifs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"820\" height=\"430\" src=\"http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4809\" srcset=\"http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB.jpg 820w, http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB-300x157.jpg 300w, http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB-768x403.jpg 768w, http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB-400x210.jpg 400w, http:\/\/www.lesmissives.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FB-800x420.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 820px) 100vw, 820px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Nourri par des r\u00e9flexions sur les travaux d\u2019historien\u00b7nes, de chercheur\u00b7ses, et de militant\u00b7es, <em>Une place <\/em>(\u00e9d. Les Insolentes) offre un tour d&rsquo;horizon r\u00e9fl\u00e9chi des m\u00e9caniques qui ont contribu\u00e9 non seulement \u00e0 \u00e9carter les femmes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art occidental, mais aussi \u00e0 les assigner \u00e0 des r\u00f4les sexistes, comme celui de la muse. P\u00e9dagogique, accessible et \u00e9clairant, cet essai est destin\u00e9 au grand public.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"602\" height=\"236\" src=\"https:\/\/lh6.googleusercontent.com\/22Z6Otlai19w1jZK9GnrNkmv1b7jKzyk9ekCzv0UuL3QIbAn4jqywS-_6bqEUWP3s0Vg-Puy1bh7e-a0jneI-nbrp3k5kSXqTw1gOiqVoSaKwdU-V4C4swvCzO2IyT-Ip2I_ZJMG-D4_WTuJgqrFv5_44TFbm5xfg2SqSyiiqGAtVI0gTwzfpAQWKXdT\"><\/p>\n\n\n\n<p>Avec l&rsquo;autrice Eva Kirilof, nous avons discut\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une approche intersectionnelle de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art, du mythe du g\u00e9nie cr\u00e9ateur masculin, ainsi que de la figure de la muse. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl<\/strong> : J&rsquo;aimerais commencer par cette phrase de la grande historienne de l&rsquo;art <a href=\"https:\/\/www.librairie-gallimard.com\/livre\/9780500024829-pourquoi-n-y-a-t-il-pas-eu-de-grands-artistes-femmes-linda-nochlin\/#targetDetail\">Linda Nochlin<\/a>, que tu cites d&rsquo;ailleurs dans ton livre : \u00ab <em>La faute ne r\u00e9side pas dans nos \u00e9toiles, nos hormones, nos cycles menstruels ou nos espaces int\u00e9rieurs vides, mais dans nos institutions et notre \u00e9ducation<\/em> \u00bb. Quelle a \u00e9t\u00e9 ton exp\u00e9rience par rapport au traitement des femmes artistes lors de tes \u00e9tudes d&rsquo;Histoire de l&rsquo;art ?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: La r\u00e9ponse va \u00eatre facile : on n&rsquo;a pas parl\u00e9 des femmes artistes. On a peut-\u00eatre tr\u00e8s bri\u00e8vement mentionn\u00e9 Frida Kahlo dans un cours d&rsquo;histoire de l&rsquo;art contemporain, mais les femmes n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9sentes dans mon cursus universitaire. Ce n&rsquo;est m\u00eame pas le fait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas eu de femmes artistes qui m&rsquo;a pos\u00e9 probl\u00e8me, c&rsquo;est le fait qu&rsquo;aucun\u00b7e de nous ne se soit pos\u00e9\u00b7e la question, tellement on avait int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que si elles ne sont pas l\u00e0, c&rsquo;est soit qu&rsquo;il n&rsquo;y en avait pas, soit qu&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9taient pas assez talentueuses ou m\u00e9ritantes pour faire partie de ce club des grands g\u00e9nies qu&rsquo;on nous enseignait. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 assez vertigineux quand je m&rsquo;en suis rendue compte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu abordes ces questions depuis plusieurs ann\u00e9es, principalement sous un format digital, avec ta page <a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/eva.kirilof\/\">Instagram<\/a> et ta newsletter <a href=\"https:\/\/lasuperbenewsletter.substack.com\/\">La Superbe<\/a>. Qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;as pouss\u00e9e \u00e0 \u00e9crire un livre ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Plusieurs maisons d&rsquo;\u00e9dition \u00e9taient venues vers moi quelques mois apr\u00e8s avoir lanc\u00e9 la newsletter, pour en faire un recueil. Mais c&rsquo;\u00e9tait encore trop nouveau pour moi. La newsletter est une esp\u00e8ce de laboratoire o\u00f9 j&rsquo;essaie de voir ce qui me pla\u00eet ou pas. Donc je ne me sentais pas du tout pr\u00eate. Puis, Mathilde Lemiesle est venue me chercher au printemps 2021, en me disant qu&rsquo;elle aimait beaucoup ce que je faisais et qu&rsquo;il y avait un rythme qui pouvait \u00eatre adapt\u00e9 au dessin. Elle a mis certaines de mes <em>story <\/em>en dessin et j&rsquo;avais tout \u00e0 coup un recul sur mon travail. Il y a un peu d&rsquo;humour, c&rsquo;est accessible, mais \u00e7a reste exigeant. Je me suis dit : \u00ab Pourquoi ne pas en faire un essai graphique ? \u00bb Ce serait aussi l&rsquo;occasion de faire quelque chose d&rsquo;un peu pop &#8211; ce qui est mon style \u00e0 moi &#8211; et de m\u00e9langer les genres. Au final, l&rsquo;impulsion n&rsquo;est pas venue de moi, mais d&rsquo;un regard sur mon travail qui \u00e9tait s\u00fbrement bien plus bienveillant que le mien.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh6.googleusercontent.com\/UDRkePP1c1z4s8Z9RdLyVwQrmgiGlg-Z3lEiPgj_NPO0FGPRPdCRE2MYeYiqbH0SKU7MlCf8N3dpFHz2_QfJr3sIa4lM43uSF2nHHABe8yhI-RlmfyJpXqmEJDPenRaicefwk1rO-MhMiwyM8M2ZhUeejEXj2NWbpEoz0Va8EH1ceEqXYGUZrkSod49Frw\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00a9 Une place<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu as \u00e9crit \u00e0 propos de cet ouvrage que ce \u00ab <a href=\"https:\/\/lasuperbenewsletter.substack.com\/p\/une-place-sortie-le-26-octobre\">n\u2019est ni de l\u2019histoire de l\u2019art ni du f\u00e9minisme<\/a> \u00bb, mais des morceaux qui tu as choisis \u00ab arbitrairement, imparfaitement \u00bb. Est-ce que c&rsquo;\u00e9tait une mani\u00e8re de prendre le contre-pied d&rsquo;un champ d&rsquo;\u00e9tudes plut\u00f4t institutionnalis\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: C&rsquo;est un champs d&rsquo;\u00e9tudes qui est en effet institutionnalis\u00e9, \u00e9litiste et plut\u00f4t ferm\u00e9. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait plut\u00f4t de parler d&rsquo;o\u00f9 je me situais. Je ne voulais pas pr\u00e9senter les choses de mani\u00e8re acad\u00e9mique, dans un certain ordre et insister peut-\u00eatre sur des \u00e9v\u00e9nements qui sont importants dans le champ universitaire mais qui ne le sont pas forc\u00e9ment pour le message que je voulais faire passer et pour les publics que je voulais pouvoir toucher. Je souhaitais apporter mes r\u00e9flexions sur les connaissances et savoirs existants. Il y a aussi des passages dans le livre o\u00f9 on va partir d&rsquo;un objet de pop culture &#8211; par exemple on parle du Portrait de Madeleine de Marie-Guillemine Benoist que beaucoup connaissent parce qu&rsquo;il \u00e9tait dans <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=kbMqWXnpXcA\">le clip de Jay-Z et Beyonc\u00e9<\/a>. C&rsquo;est le genre d&rsquo;approche qui m&rsquo;int\u00e9resse, les fa\u00e7ons dont l&rsquo;art atteint les personnes de mani\u00e8res diff\u00e9rentes. On ne voulait pas non plus faire un catalogue d&rsquo;artistes femmes ou d&rsquo;\u0153uvres &#8211; on tenait \u00e0 faire quelque chose de vivant. Mathilde m&rsquo;a beaucoup aid\u00e9e \u00e0 rendre le tout plus digeste et accessible. Pour moi, ce livre n&rsquo;est pas un objet termin\u00e9, il va continuer sa progression d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/JDJZBq69o4fI01nYZ_ial5Zm-A3G4QvNXIz-xx9_T4HD1aiuzy5W58ISpPvSkuL9y8zRE80eDK91JgoD_WbqyWX-yb7CYlUjlYYXYaK9JbH-9YN__AeNP8Uo4d7ajfkGQ0zgDJ5cG48LVwI1q2osCRjgX-_v4M1HLo07TULe7reRgkDM4CFV-hG_hRYv5g\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Marie-Guillemine Benoist, <em>Portrait de Madeleine<\/em>, 1800 \u00a9 2021 RMN-Grand Palais (mus\u00e9e du Louvre) \/ Mathieu Rabeau<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zgul <\/strong>: Au fil les chapitres, tu d\u00e9construis l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;art est un milieu m\u00e9ritocratique &#8211; une croyance qui, dis-tu, occulte la question des privil\u00e8ges de classe, de genre, de race ou d&rsquo;orientation sexuelle. Dans quelle mesure \u00e9tait-ce important pour toi d&rsquo;adopter une approche intersectionnelle de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: C&rsquo;est l\u00e0 que je situe mon approche du f\u00e9minisme en tant que femme racis\u00e9e &#8211; ma m\u00e8re est marocaine, et mes deux parents sont issu\u00b7es de l&rsquo;immigration. Donc je vois tr\u00e8s bien que le seul probl\u00e8me n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre une femme. Dans le monde de l&rsquo;art et de la culture, il y a toujours cette id\u00e9e que c&rsquo;est un milieu tr\u00e8s <em>woke<\/em>, tr\u00e8s ouvert, o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre les diff\u00e9rences, alors que finalement c&rsquo;est une structure compl\u00e8tement classique comme toutes les autres, qui reproduit les m\u00eames sch\u00e9mas de domination et d&rsquo;exclusion. Si on est une personne racis\u00e9e, pauvre, queer, etc. \u00e7a peut nous pousser plus loin de la lumi\u00e8re que le simple fait d&rsquo;\u00eatre une femme. Si on veut faire de l&rsquo;art, ce n&rsquo;est pas pareil si on est une femme de m\u00e9nage ou une personne venant d&rsquo;un milieu privil\u00e9gi\u00e9. Dans le chapitre \u00ab\u00a0Un atelier \u00e0 soi\u00a0\u00bb, on met d&rsquo;ailleurs des petits tacles \u00e0 Virginia Woolf. Oui, il faut avoir une chambre \u00e0 soi pour cr\u00e9er, mais comment fait-on quand on accumule un tas d&rsquo;autres probl\u00e8mes ? C&rsquo;est une notion un peu bourgeoise. En r\u00e9alit\u00e9 la priorit\u00e9 et les urgences sont parfois ailleurs. Dans le monde de l&rsquo;art, on se dit que si on arrive au sommet et qu&rsquo;on vit de son art, c&rsquo;est qu&rsquo;on a du m\u00e9rite et du talent, et on occulte tous les autres facteurs qui ont fait qu&rsquo;on en soit arriv\u00e9 l\u00e0. Parce que oui, c&rsquo;est un privil\u00e8ge de pouvoir \u00e9tudier l&rsquo;art, de faire des stages, d&rsquo;acheter du mat\u00e9riel, d&rsquo;avoir un atelier et de se cr\u00e9er un r\u00e9seau. Tout \u00e7a n&rsquo;est pas forc\u00e9ment d\u00fb au talent, mais je sais que beaucoup de gens ont du mal avec \u00e7a, vu qu&rsquo;on sacralise tellement le g\u00e9nie dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Un point commun \u00e0 beaucoup de femmes artistes occidentales entre le 16\u00e8me et 20\u00e8me si\u00e8cle est justement qu&rsquo;elles sont issues de la bourgeoisie. Ce n&rsquo;est pas anodin donc ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Pendant tr\u00e8s longtemps, comme les acad\u00e9mies et les Beaux-arts n&rsquo;\u00e9taient pas ouverts, ou tr\u00e8s partiellement ouverts selon les \u00e9poques, aux femmes, il fallait soit avoir un homme dans son entourage direct qui faisait de l&rsquo;art et qui vous enseignait et vous donnait acc\u00e8s \u00e0 un atelier, soit des parents qui avaient de l&rsquo;argent, pour pouvoir vous payer des professeurs particuliers, du mat\u00e9riel et un espace. Donc clairement, m\u00eame encore aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est loin d&rsquo;\u00eatre donn\u00e9 \u00e0 tout le monde. C&rsquo;est pourquoi ce sont surtout des femmes issues de milieux privil\u00e9gi\u00e9s qui en premier ont r\u00e9ussi \u00e0 entrer dans ces sph\u00e8res. Suzanne Valadon est peut-\u00eatre la seule de toutes ces \u00e9poques-l\u00e0 qui venait de pas grand-chose. Elle \u00e9tait issue d&rsquo;un milieu tr\u00e8s pauvre, faisait des m\u00e9nages, et \u00e9tait compl\u00e8tement autodidacte. Autrement, elles \u00e9taient toutes issues de milieux bourgeois.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/2c5a93sqoTOL6sZOsmXrKRn4xlXIKPbbkWDTnXl4shq0qcKczDOf0_dG0TwXR0h2josR8vXfTnVgVBU-sWJjYiqWE85YHmO8DtpYfRrJiDKqSb6z0tRco0USkPhjYrx9u8mBensslotEsuj9LmQN5Oj-pDOSxoNQ4yyJkJMsP9OaGPGVFuXsrmlZeFpLcw\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Suzanne Valadon, <em>La chambre bleue<\/em>, 1923 \u00a9 Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Limoges<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu t&rsquo;attaques aussi au mythe du g\u00e9nie artistique masculin. Quel a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;impact de ce r\u00e9cit dominant du g\u00e9nie cr\u00e9ateur sur la place des femmes dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Pour revenir \u00e0 la premi\u00e8re question sur mes \u00e9tudes, on en voit clairement l&rsquo;impact. L&rsquo;ann\u00e9e prochaine va marquer les 50 ans de la mort de Picasso et ma bo\u00eete mail est d\u00e9j\u00e0 remplie d&rsquo;invitations pour des expositions sur lui. On va se le farcir pendant un an non-stop. Il est l&rsquo;arch\u00e9type de ce genre de grande figure qu&rsquo;on continue \u00e0 nous matraquer. La cr\u00e9ation de ce mythe a non seulement permis \u00e0 certains hommes de continuer \u00e0 se pousser vers le haut et \u00e0 se mettre sur le devant de la sc\u00e8ne, mais \u00e7a nous a aussi tous\u00b7tes quelque part influenc\u00e9\u00b7es sur qui a le droit d&rsquo;\u00eatre artiste ou pas. L&rsquo;id\u00e9e que le g\u00e9nie est masculin nous a tellement \u00e9t\u00e9 martel\u00e9e qu&rsquo;on voit que des femmes d&rsquo;artistes qui avaient un talent incroyable et qui vendaient bien, comme Lee Krasner, n&rsquo;h\u00e9sitaient m\u00eame pas deux secondes \u00e0 mettre leur carri\u00e8re entre parenth\u00e8ses pour aider leur partenaire, en l&rsquo;occurrence Jackson Pollock, parce que c&rsquo;\u00e9taient eux les g\u00e9nies. Alors que quand on regarde son travail \u00e0 elle, on voit qu&rsquo;elle \u00e9tait une artiste incroyable. C&rsquo;est le genre de mythe qu&rsquo;on ne remet pas en question. C&rsquo;est devenu une science exacte, on n&rsquo;y touche pas. Je le vois sur mon compte Instagram : d\u00e8s que j&rsquo;ai le malheur de parler un peu n\u00e9gativement de certains artistes hommes, j&rsquo;ai des rafales de gens dans mes messages priv\u00e9s qui me disent ce n&rsquo;est pas possible. Gauguin, c&rsquo;est ton p\u00e8re ? Il les d\u00e9fendent corps et \u00e2me. On doit garder les hi\u00e9rarchies pour se sentir en s\u00e9curit\u00e9, sinon comment va-t-on faire pour penser notre monde et s&rsquo;organiser ? Forc\u00e9ment \u00e7a fait paniquer. Mais je pense qu&rsquo;il est temps de faire bouger les choses.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/IBHjHwc0DQ0RZ1YOczqb4SeUprsDTyvyTukBrD32JMhQcziVKCtx3VbJl1wvyJ9rXYmX0OGtiu55lTpzwunPtboaYL8ImbJlvyhLGgBDoihXBCXm6HU4cl6u-EQaI7weAWn_a-Rc0rg1nh7Yi_k5yuHZrzQ0qfGvrQzXYxb47bweFN_F3X3lRl3DcJYAwg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Lee Krasner, <em>Icarus<\/em>, 1964, Foto: Kasmin Gallery, New York, Diego Florees \u00a9 The Pollock-Krasner Foundation<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu \u00e9cris d&rsquo;ailleurs que tu n&rsquo;aimes pas le terme de femme artiste \u00ab\u00a0oubli\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: On n&rsquo;oublie pas que tout un groupe social a compl\u00e8tement \u00e9t\u00e9 ostracis\u00e9 de notre histoire. Je comprends qu&rsquo;on utilise ce mot, mais elles ne sont pas du tout oubli\u00e9es. On a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas investir dans la conservation et la restauration des \u0153uvres d&rsquo;art des femmes. On a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas les inclure dans nos livres d&rsquo;histoire, dans notre enseignement et dans les mus\u00e9es. Donc ce sont des choix qu&rsquo;on a fait, ce ne sont pas des oublis. Je pense qu&rsquo;il y a une grande diff\u00e9rence entre choisir et oublier. Le terme \u00ab\u00a0invisibilis\u00e9e\u00a0\u00bb est un peu plus nuanc\u00e9. Oui, il y a une invisibilisation, mais consciente. Si sur 2500 \u0153uvres, il n&rsquo;y en a que 6 dans un mus\u00e9e qui ont \u00e9t\u00e9 faites par des femmes, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un oubli. L&rsquo;oubli \u00e7a a quelque chose de passif, c&rsquo;est encore une fa\u00e7on de se d\u00e9douaner. Il faut maintenant assumer ces choix et voir comment on peut introduire graduellement les femmes et les personnes minoris\u00e9es dans ces r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu \u00e9voques la figure de la muse, cette femme d\u00e9sincarn\u00e9e qui est au service du g\u00e9nie cr\u00e9ateur masculin. En quoi est-ce que l&rsquo;assignation des femmes \u00e0 ce r\u00f4le est misogyne ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Ce qui est int\u00e9ressant c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine, dans la mythologie, c&rsquo;est un r\u00f4le actif. Les muses \u00e9taient les femmes qui insufflaient litt\u00e9ralement la connaissance ou le talent musical et po\u00e9tique aux artistes. On est toujours dans cette id\u00e9e d&rsquo;inspiration, mais elles \u00e9taient des sujets actifs. Au fur et \u00e0 mesure des si\u00e8cles, on a fait de la muse un sujet passif. On est pass\u00e9 de faire et d&rsquo;avoir une agentivit\u00e9 \u00e0 une image, et c&rsquo;est ce glissement qui est finalement int\u00e9ressant. Le terme de \u00ab\u00a0muse\u00a0\u00bb tel qu&rsquo;on le conna\u00eet aujourd&rsquo;hui est misogyne dans le sens o\u00f9 la femme est une image qui est lou\u00e9e pour sa beaut\u00e9 et ses qualit\u00e9s physiques, mais on ne parle absolument pas de son intellect, de ce qu&rsquo;elle fait. Il y a des femmes qui sont pass\u00e9es dans la post\u00e9rit\u00e9 en tant que muses alors qu&rsquo;elles \u00e9taient des artistes. On nous vend cette image de la femme allong\u00e9e toute la journ\u00e9e sur un canap\u00e9 pour poser pour un artiste, alors que souvent c&rsquo;\u00e9tait leur ma\u00eetresse ou leur compagne. C&rsquo;est elles qui s&rsquo;occupaient de d\u00e9gager du temps pour l&rsquo;artiste en s&rsquo;occupant des enfants, de la maison, et de l&rsquo;administratif. Souvent, certaines on fait des carri\u00e8res d&rsquo;agent et elles se sont d\u00e9men\u00e9es pour obtenir des expositions et des ventes pour leur partenaire. On occulte cette partie-l\u00e0, comme le montre le cas de Josephine Hopper qui, bien avant son mari <em>( Edward Hopper)<\/em>, \u00e9tait une artiste qui exposait dans des galeries \u00e0 New York. Elle a pourtant compl\u00e8tement mis sa carri\u00e8re de c\u00f4t\u00e9, s\u00fbrement aussi parce qu&rsquo;elle \u00e9tait consciente que dans ce monde-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait son partenaire qui allait pouvoir plus facilement se creuser une place sur le long terme. On parle maintenant d&rsquo;elle comme une muse alors qu&rsquo;elle laisse quand m\u00eame un bon corpus d&rsquo;\u0153uvres derri\u00e8re elle.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/GmSTlKOpbn36mghOppLt9GPaMDDxTEnnIzOq8nG0b5Q5-cuabqX7hAYljlkWhuhz71_hq4vt0j-jT7Qw9NFm6IKcbVcuWIV2StJJ7FpIAj5iT061cggJ9Wm1d2w1XOL6MHVjFpds8jlYMUxqnPAtsvQZfNUDtVf2pouhZC-vWQX2X4sx5VQwtTRjhm1a3A\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Josephine Hopper, <em>Morning Sun<\/em>, 1952\u00a0 \u00a9 Columbus Museum of Art<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu \u00e9cris que <em>\u00ab les femmes peignent ce qu&rsquo;elles connaissent le mieux \u00bb<\/em>. Le th\u00e8me du foyer est justement tr\u00e8s pr\u00e9sent chez de nombreuses artistes, telle que Louise Bourgeois par exemple, mais il n&rsquo;est traditionnellement pas consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant assez \u00ab\u00a0digne\u00a0\u00bb ou important dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Je pensais pareil. Si j&rsquo;\u00e9tais face \u00e0 une \u0153uvre d\u00e9peignant un int\u00e9rieur bourgeois avec trois femmes qui prennaient le th\u00e9 ou qu&rsquo;on me mettait face \u00e0 une \u0153uvre historique ou \u00e9pique o\u00f9 il se passait plein de choses, mon int\u00e9r\u00eat \u00e9tait tr\u00e8s vite port\u00e9 sur le second. Ces int\u00e9rieurs cotonneux et kitsch ne m&rsquo;int\u00e9ressaient absolument pas. C&rsquo;est pendant ma grossesse et \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de ma fille que mon int\u00e9r\u00eat a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer. Durant mon cong\u00e9 maternit\u00e9, mon quotidien se r\u00e9sumait \u00e0 rester chez moi avec mon b\u00e9b\u00e9. J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait la vie de ces femmes artistes, mais de mani\u00e8re d\u00e9cupl\u00e9e. Elles \u00e9taient compl\u00e8tement li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur pendant des si\u00e8cles, du moins dans les milieux bourgeois o\u00f9 elles ne sortaient pas travailler. Dans leurs tableaux, on voit cet ennui, le temps qui passe lentement. Pour saisir cela, il faut l&rsquo;avoir v\u00e9cu, ou alors il nous faut apprendre \u00e0 valoriser l&rsquo;espace domestique et les travaux qui sont li\u00e9s au <em>care <\/em>&#8211; comme on le voit chez Berthe Morisot ou Mary Casatt. Ces tableaux disent quelque chose sur la situation des femmes et le r\u00f4le qu&rsquo;elles jouent dans la soci\u00e9t\u00e9. Ce qui est dr\u00f4le, c&rsquo;est qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 dans des batailles mythologiques, mais on a quand m\u00eame un int\u00e9r\u00eat pour ces sujets-l\u00e0.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/MVOtv1U8p7ombsokZOqLvWrwNxvM1mN1W-rLCo6UZsl_2L3pIOvcyVrWQizpbU1fq-jq3bpTDULBpJOUcci2Ys7DSoz9Qvc5-EpTOccho_jySJSg6Szjq8poI4ULOLAKPicLshoN6YAgMcVHyISSmFJk30T-ib05fJ3Jkyr_0T3Pgld68PlA81XQy7n5PQ\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Berthe Morisot, <em>Le Berceau<\/em>, 1873 \u00a9 Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Peindre en ext\u00e9rieur n&rsquo;\u00e9tait pas aussi accessible aux femmes qu&rsquo;aux hommes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Prenons l&rsquo;exemple de Berthe Morisot qui a v\u00e9cu en pleine p\u00e9riode des d\u00e9buts de l&rsquo;impressionnisme, quand les peintres peignaient la ville, les cabarets, la nature. Elle, elle avait \u00e0 peine le droit d&rsquo;aller accompagn\u00e9e au mus\u00e9e pour regarder des \u0153uvres d&rsquo;art, donc l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une femme qui est aux <em>Folies Berg\u00e8re<\/em> en train de peindre ce qui se passe sur sc\u00e8ne \u00e9tait impensable. Mais elle va quand m\u00eame r\u00e9ussir \u00e0 convaincre ses parents de la laisser peindre dans la campagne. Dans des lettres \u00e0 sa s\u0153ur, elle explique que son mari est agac\u00e9 qu&rsquo;elle aille peindre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, parce qu&rsquo;il a honte qu&rsquo;on voit sa femme ainsi. Il ajoute qu&rsquo;en plus il y a plein de vent, ses cheveux partent dans tous les sens et qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas pr\u00e9sentable&#8230; Il y avait une vraie s\u00e9paration entre l&rsquo;espace domestique et l&rsquo;espace ext\u00e9rieur, et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des acheteurs se portait surtout sur ce dernier. Et puis, il y a l&rsquo;histoire des formats aussi. Quand tu dois cr\u00e9er chez toi, de fa\u00e7on un peu clandestine, tu fais de petits tableaux. Mais ce que les gens veulent voir ce sont des tableaux de 4 m\u00e8tres, comme en font les artistes hommes, vu qu&rsquo;ils peignent depuis des acad\u00e9mies, des mus\u00e9es et des ateliers. Les femmes artistes, m\u00eame quand elles vont pouvoir acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9mie et aux Beaux-arts plus tard, elles ne peuvent y aller qu&rsquo;\u00e0 certaines heures pour ne pas croiser les hommes, et n&rsquo;ont acc\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 certaines classes pour ne pas \u00eatre dans des situations compromettantes face \u00e0 des nus. Donc m\u00eame leur temps dans l&rsquo;espace public leur est compt\u00e9 et doit \u00eatre fait par pleins de petits chemins.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/iwXUNtewOC3mOf1gZYBPwDtx-54N2QSip7Zkexpqu9HLWme4oHWaZ1JWUhw0o0lnXFjAhoyLOq4LptQ7oAmOUgs85b2vF5jIIjC7D75itQtwcJsVhQ4VMXSv8O606zegnjWkeUVBEt5VzUMy7YITrEsNyEdMx0vW0YxwHrM5bkRhdMy1zDZYarlX5HgwOg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Berthe Morisot, <em>La fable<\/em>, 1883 \/ Domaine public<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Tu mets cependant en garde contre un argumentaire essentialiste \u00e0 l&rsquo;encontre des femmes artistes, comme \u00e7a a pu \u00eatre le cas avec les \u0153uvres de Georgia O&rsquo;Keeffe. Il faut faire attention \u00e0 ne pas trop analyser les \u0153uvres des femmes sous le prisme du genre ?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: On n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9\u00b7es \u00e0 analyser des \u0153uvres faites par des femmes, et donc on a toujours cette envie de parler de leur art \u00e0 travers le prisme du genre &#8211; ce qui est important aussi parfois pour mieux comprendre le contexte. Certaines \u0153uvres peuvent \u00eatre des t\u00e9moignages d&rsquo;une \u00e9poque, d&rsquo;une fa\u00e7on de vivre. Mais je pense que quand on est dans l&rsquo;abstraction ou la repr\u00e9sentation de fleurs comme chez Georgia O&rsquo;Keeffe, on peut s&rsquo;en abstenir &#8211; surtout quand la personne concern\u00e9e rejette explicitement une lecture biologisante et freudienne de son \u0153uvre. Il y a des personnes qui analysent des tableaux d&rsquo;Artemisia Gentileschi en disant, \u00e7a \u00e7a doit repr\u00e9senter son violeur, alors que ce sont des \u0153uvres ex\u00e9cut\u00e9es avant son viol. Chacun\u00b7e y projette ce qu&rsquo;il ou elle a envie d&rsquo;y projeter, et il y a aussi un c\u00f4t\u00e9 infantilisant parfois. On a envie de se d\u00e9tacher de \u00e7a et de pouvoir montrer que les femmes touchent aussi \u00e0 l&rsquo;universel. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on dit toujours des artistes hommes : ils parlent \u00e0 tout le monde, ce sont des th\u00e8mes universels. Mais peut-\u00eatre qu&rsquo;un jour on va comprendre que montrer des enfants dans des int\u00e9rieurs l&rsquo;est \u00e9galement, et que \u00e7a devrait aussi concerner les hommes. \u00c7a devrait nous concerner en tant que soci\u00e9t\u00e9. Pour le moment, nous sommes dans cette esp\u00e8ce d&rsquo;entre-deux. On devrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 de nouvelles fa\u00e7on de penser l&rsquo;art, qui ne se doit pas forc\u00e9ment d&rsquo;\u00eatre universaliste ou compl\u00e8tement bas\u00e9 sur le genre. Il faut donner des espaces aux femmes et aux personnes racis\u00e9es &#8211; on dit souvent aux artistes racis\u00e9\u00b7es qu&rsquo;ils et elles doivent parler de leur communaut\u00e9, de leurs origines, de leur religion. Mais parfois tu n&rsquo;as pas envie que tout soit fait \u00e0 travers le prisme des identit\u00e9s. Je pense qu&rsquo;on devrait accorder cette libert\u00e9 aux femmes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/gjO1cPTGxeb4wChrjlJgXfthTEbIjQmWD05La0VT_eqRNkFFlP_U0Cdt0dcEq4qsQkAuGenPicRfSDegIT0alDsR7g-rl4iTc-d3l8wYCgyVbMmM9Q8wKDLzEMYQzNA7rDaA8ufQ2bNFrNRqYS6nrScWgW2BeNRGw-aNGLuL9vI5gN13BiMsBSWRJ5ftpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Georgia O&rsquo;Keeffe, <em>Red Canna<\/em>, 1919 \u00a9 High Museum of Art<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Qu&rsquo;est-ce qui doit changer aujourd&rsquo;hui pour que les femmes artistes soient consid\u00e9r\u00e9es et trait\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re que les hommes artistes ?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: Les choses changent. J&rsquo;ai r\u00e9cemment regard\u00e9 les chiffres de l&rsquo;\u00e9valuation financi\u00e8re des \u0153uvres des femmes, et c&rsquo;est en hausse. Est-ce que c&rsquo;est un int\u00e9r\u00eat soudain ou alors est-ce qu&rsquo;on commence \u00e0 voir que les \u0153uvres des femmes ont une valeur identique \u00e0 celle des hommes, je ne sais pas. Mais je pense que d&rsquo;un point de vue syst\u00e9mique, il faudrait d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;on ancre l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;art n&rsquo;est pas un <em>hobby <\/em>pour les femmes artistes. Ce n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;elles font \u00e0 c\u00f4t\u00e9, quand elles s&rsquo;ennuient entre les couches et leur travail. C&rsquo;est quelque chose qui n&rsquo;est pas encore compl\u00e8tement install\u00e9 dans nos imaginaires collectifs. Faire entrer les femmes dans les collections permanentes des mus\u00e9es &#8211; pour moi c&rsquo;est un point primordial. Aller au mus\u00e9e et continuer \u00e0 voir seulement des hommes artistes ce n&rsquo;est plus possible. Par exemple, apr\u00e8s l&rsquo;exposition <em>\u00ab\u00a0Artemisia\u00a0\u00bb<\/em> qui a eu lieu \u00e0 la National Gallery en 2020, le mus\u00e9e a investi et <a href=\"https:\/\/www.artsy.net\/article\/artsy-editorial-national-gallery-acquired-artwork-made-female-artist-first-time-27-years\">fait rentrer un tableau de Gentileschi dans leur collection permanente<\/a>. Avant, on n&rsquo;avait jamais vu son \u0153uvre dans la collection en acc\u00e8s libre. Alors oui, les expositions temporaires peuvent cr\u00e9er du changement sur le plus long terme, en terme de cr\u00e9ation de connaissances, des catalogues, etc., mais les instaurer de fa\u00e7on permanente dans ces grandes institutions envoie un message clair et important.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/z8zOmQ_K_TrzW2YjT0Zx0iZCUksuWCYY8VR1ds0k_d-2N5IgRvUs5U2QIeE_mBv-iXBDucdexOmf8aIzlNZA3rK7lHEgKbxH_nKcBt4_u24Ip92uYdC65aWuplbXiq9iQ4O2n6llFI9UcOuw6OdlQKbDFimcW5B01k72BZ0nEv8wp7svm68CM8--Bt2PyQ\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Artemisia Gentileschi, <em>Self Portrait as Saint Catherine of Alexandria<\/em>, 1615\u201317. \u00a9 The National Gallery, London<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d6zg\u00fcl <\/strong>: Et pour conclure\u2026 qui est ton artiste pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eva <\/strong>: C&rsquo;est tr\u00e8s difficile d&rsquo;y r\u00e9pondre, mais celle qui m&rsquo;a vraiment marqu\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es est Paula Rego, une artiste portugaise d\u00e9c\u00e9d\u00e9e au mois de juin. Il y a quelque chose d&rsquo;intense, de f\u00e9roce, de tendre dans ses \u0153uvres, c&rsquo;est incroyable. Elle nous montre la femme sous tellement de visages. C&rsquo;est aussi une artiste engag\u00e9e sur des sujets sociaux assez casse-gueule. Quand on voit sa s\u00e9rie sur l&rsquo;avortement cr\u00e9\u00e9e \u00e0 une p\u00e9riode au Portugal o\u00f9 le r\u00e9f\u00e9rendum ne passe pas, qu&rsquo;on l&rsquo;ait v\u00e9cu personnellement ou pas, c&rsquo;est impossible de ne pas y \u00eatre sensible. Elle a une magie. On est dans le domaine de la f\u00e9erie et de l&rsquo;imaginaire sur certaines de ses \u0153uvres, et dans le domaine du tr\u00e8s concret dans d&rsquo;autres. Elle a quelque chose d&rsquo;animal aussi, quand elle peint des femmes-chiens. Ces femmes qui se comportent comme des chiens qu&rsquo;on vient de battre ou qui sont pr\u00eates \u00e0 attaquer. On regarde ces images et on s&rsquo;y voit en tant qu&rsquo;animal qu&rsquo;on essaie de domestiquer depuis des si\u00e8cles. Il y a quelque chose qui me touche aux tripes. \u00c7a aurait \u00e9t\u00e9 un de mes r\u00eaves de m&rsquo;entretenir avec elle.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/S3_eFEAyp3oRJvZ9g9Q88RgX7qJwY-TfyH6ygpW0VvhvOqWDpOED5f_TW5k1vG-HJvUa1RSmOvNmdAvHDyro1vsElKiC6YqjcFgWHO74rDtapFHn9tQoy4pPIYFZemC2p1QwG10zHES7pBdQ4qWkuIvVYCpyYp47-iRTllJY5xtn9sEUolEF2BBkz2KQTw\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Paula Rego, <em>Untitled No.1<\/em>, 1998 \u00a9 Paula Rego, Marlborough Fine Art<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? \u00bb D\u00e9j\u00e0 en 1971, l&rsquo;historienne de l&rsquo;art Linda Nochlin s&rsquo;interrogeait dans son essai \u00e9ponyme sur la place accord\u00e9e aux femmes dans le monde de l&rsquo;art. 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